Lundy et l’évolution de la tradition architecturale américaine | H.F. Lenning, P. Simond

L'oeuvre entière de Lundy vérifie le bienfondé de cette phrase, par la continuité de son œuvre, par sa conception de l'architecture, dans ses préoccupations du métier d'architecte, ses assauts contre les problèmes techniques de fabrication, d'organisation et de consommation. D’un lyrisme presque mystique, dans son architecture axée principalement sur le bois, Lundy sait s’imposer une discipline technique. Ses efforts vers une liaison esthétique, donc techniquement complémentaire, multiplient les possibilités constructives et aboutissent à une architecture riche et libérée de contraintes. C'est grâce à une utilisation imaginative et habile du bois que s'est faite la réputation de Lundy. Ces dernières années cependant, il s'est orienté vers d'autres matériaux: l'acier, la brique et le béton, dont il dit: « Je pense qu'il est faux de se servir du béton comme d'un expédient plutôt que comme d'une vérité propre. C'est dans son vrai cadre et dans ses fonctions réelles qu'il faut l'utiliser. Nous devons nous axer sur l’avenir, sans jamais négliger le passé. »' « Ces trois dernières années, j'ai cherché de nouvelles orientations dans l'architecture. J'ai actuellement en construction un bâtiment très intéressant pour l'IBM, entièrement en béton, et mon église de Hartford se trouve dans la même continuité, utilisant, dans une forte surtension, trois systèmes de construction : les murs en béton, stabiles, qui reprennent les tensions des fils d'acier, porteurs du bois. »

Il n'est pas étonnant que Lundy se soit tourné vers la base de la tradition américaine — le bois — et que cette orientation se soit exprimée par son œuvre. Il a clairement exprimé ses théories, dans un discours adressé à la West Coast Lumbermen’s Association, en 1959: « Dans chaque discours sur la vente, la prospérité ou d’autres sujets, une chose réapparaît toujours : la beauté du bois ; elle est immuable, fondamentale et il n'y a rien de précieux ou de ridicule en cela. Tous les hommes la regardent, la sentent et en font l'expérience... Il faut que vous fassiez ressortir votre intérêt pour l’architecture du bois en tant qu’héritage de la vie américaine.

Dans une époque d'insécurité totale et de tension, il est rassurant et universellement attirant pour les Américains qu'on leur rappelle leur legs: les forêts anciennes de la Nouvelle-Angleterre, toujours préservées, les traditions des beaux bâtiments de bois aux Etats-Unis, comme les réalisations de Howard Green' en Californie, l'intérêt de quelques-unes de ses dérivations japonaises. Lorsque vous parlez de choses fondamentales et de beauté sans âge, vous touchez tout le monde. Le bois est à la base de notre patrimoine architectural. A un âge de déshumanisation, où des bâtiments en nombre toujours plus grand sont choisis dans les pages d'un catalogue, le bois, moulable et sculptable, demeure le matériau naturel de l'artiste. De nos jours, où la plupart des constructions datent dès leur achèvement, le fait que le bois s’améliore avec l'âge est rassurant.

Que fait-on du bois actuellement?

Grâce à différentes familles de protecteurs, la chimie est en train d’améliorer plus que jamais ce matériau. On peut maintenant le transformer en formes et en produits nouveaux, plus divers. Des finitions nouvellesetmeilleuresen multiplientles usages ; certains polissages permettent d'obtenir un bois parfaitement lisse; les décalcomanies sont arrivées au stade de perfection et la durabilité des matières plastiques révolutionne les apprêts ; des colles et des joints nouveaux facilitent l'assemblage. (La colle a bouleversé la technologie du bois et les recherches actuelles tendent à diminuer le coût du collage et des articulations). On utilise la résistance du bois de manière plus rentable, jusqu’à s’en servir comme d'un matériau plastique.

Que pourra-t-on faire avec le bois dans l'avenir?

Il faut encourager les meilleures idées d'avant-garde dans le domaine du bois, les innovations réellement créatrices, pour rendre la concurrence efficace avec le genre de démarches que l'on utilise dans les autres industries. Il faut envisager et résoudre des problèmes tels que la réduction du nombre d'éléments différents, donc celle du travail sur le chantier, de l'augmentation du temps de travail mécanique dans les fabriques (où le contrôle est meilleur), le développement de systèmes structuraux interdépendants, la lutte contre les intempéries, les finitions et les articulations, les colles, les produits chimiques, les protections, les traitements contre les termites et la pourriture, l'utilisation du bois en combinaison avec d'autres matériaux, etc...

Il faut explorer les techniques nouvelles et les appliquer à d’anciens matériaux. Si le bois utilisé dans la construction baisse de qualité, il faudra peut-être supprimer de votre technique quelques-unes des pièces de bois et les remplacer entièrement par des éléments composites, même si cela signifie utiliser une armature en aluminium. Employez un matériau de qualité inférieure où cela vous est possible. Vous n'avez pas besoin de pièces de bois de premier choix pour faire l’ossature d’une maison. Si vous pouvez augmenter l’exploitation de la résistance fibreuse du bois de construction, vous pouvez alléger la structure.

Economisez sur celle-ci et vous aurez plus de possibilités d'utiliser du bois de qualité supérieure. Prenez le bois et étudiez les possibilités de combinaisons avec d'autres matériaux, ce qui accroîtra votre industrie. Il est évident que vous serez obligés de chercher au dehors pour entrer en concurrence avec d’autres industries. Ainsi, vous verrez que l'aluminium va servir. Dans toutes mes constructions de bois, j'ai utilisé des cadres d’aluminium pour recevoir le verre, les portes coulissantes et les fenêtres. Je l'ai fait pour une raison d'esthétique, pour détacher la structure du toit de la peau protectrice. Je désirais des lignes d’un dessin plus svelte pour les ouvertures. Je me suis servi de l’aluminium par économie, pour sa facilité d'entretien, cependant mes structures sont en bois. Rappelez-vous que du bois dépendent d'autres industries. Par exemple, le bois «fait le béton ». Certaines des formes structurales les plus inhabituelles qui soient — une mince coquille de béton de Félix Candela — sont formées par une jungle de formes ligneuses préalablement édifiée. Des surfaces de planches très minces donnent au dessin la texture qu'il requiert. Tenez compte du désir des constructeurs d'éliminer le plus possible les travaux de finition sur le chantier. Il devrait y avoir plus de matériaux préfabriqués, plus de pièces pré-coupées. C’est déjà au débitage que vous pouvez presque tout faire à meilleur prix. Préparez de grands éléments de structure jusque dans l'intérieur de la maison. Du pré-coupé, du pré-projeté, du pré-fini. Notre but est une plus grande coordination des efforts, en utilisant au maximum des matériaux existants. A Washington, dans une conférence sur l'industrie du bois de construction, j'ai entendu dire qu'au stade du débitage on est inconscient de la consommation.

La finition du bois gêne son emploi. Les échecs dans l'industrie de la peinture se reflètent sur l'usage du bois et les EtatsUnis sont probablement le seul pays du monde où l’on pense que le bois a besoin de trois couches de peinture. Il y a pourtant des peintures et des vernis nouveaux et meilleurs comme les blanchiments naturels qui pénètrent à fond.

Sur le plan technique, développez une nouvelle échelle de normalisation en fonction des caractéristiques des contraintes. En ne procédant pas ainsi activement, vous favorisez la concurrence et encouragez l'emploi d'autres matériaux. Récemment, à Washington, on disait que quelques-unes des plus grandes scieries achètent des matériaux de structures sélectionnés alors que des qualités inférieures suffiraient et cela parce qu'il y a plus de difficultés àfaire approuver ceux de qualité inférieure. Du fait que vous devez payer des prix plus élevés pour le bois de construction et que vous utilisez du bois de trop bonne qualité, vous obtenez un résultat plus onéreux et donnez prise à la concurrence. On disait également que, si le Laboratoire des produits forestiers pouvait agir comme il veut, il réduirait les coefficients de sécurité. Pour l'aluminium et l’acier, on peut compter avec un coefficient de 1,5. Avec certains bois, ce coefficient est de 12. Faites donc attention au débitage des sections.

L'assemblage du bois est un grand problème. Le prix très élevé du travail et la disparition de l'artisanat sont une des réalités nationales. En raison de la continuelle baisse de qualité du bois, nous devons trouver de nouvelles méthodes d'assemblage, des méthodes genre « meccano » qui répondraient aux possibilités limitées de notre main-d’œuvre.

Victor A. Lundy and the Development of the American Architectural Tradition

Projets:

  • St. Paul's Lutheran Church, Sarasota, Florida - 1958
  • Nouvelle église de Hartford Neue Kirche in Hartford New Hartford Church
  • First Unitarian Church - Westport Connecticut - 1959-64
  • Hillspoint elementary school, Westport, Connecticut - 1960-61
  • Miller shoe salon, 57th. street, 5th. ave, New-York city - 1961
  • St.-Mark’s Lutheran Church, Orlando, Florida - 1964
  • Church of the Resurrection, East Harlem, New-York City - 1964