Projet: Ville neuve de Grenoble- Echirolles, France | Atelier d’architecture et d’urbanisme AUA, Paris: Jean-François Parent, urbaniste, Georges Loiseau, Jean Tribel
Dans le projet de plan d’ensemble prévu pour la ville neuve de Grenoble-Echirolles, une tentative est faite en vue de créer des espaces urbains «évolutifs et réaménageables». Le premier quartier linéaire, dont la réalisation doit commencer d’ici à quelques mois, se composera en effet de deux structures très distinctes : celles des logements, composant une ligne sinueuse continue formée de bâtiments de hauteur variable, et réservant un vide total au niveau du rez-de-chaussée, sur 6 mètres de hauteur, vide qui constitue une rue intérieure de piétons; celles des équipements de quartier, scolaires, sociaux, culturels, commerciaux, de santé, de bureaux ou de petits ateliers sans nuisances; ces structures d’équipements plus légères, plus modifiables, sont destinées à venir se greffer sous et contre la rue intérieure, petit à petit, au fur et à mesure des besoins ou des financements.
Le jeu progressif de ces deux structures devrait permettre l’apparition d’un vrai milieu urbain, c’est-à-dire : - un lieu privilégié de passage et d’accès; - bénéficiant d’une forte densité de logements ; - d’une forte densité d’équipement (parce que regroupés sur une aire géographique linéaire mais réduite); - d’une réserve de place pour les besoins de l’avenir (dans les 6 mètres de hauteur de la rue de piétons, un niveau mezzanine peut être créé); - enfin un lieu aménagé de façon urbaine, au prix d’études concertées intéressant l’ensemble de la rue de piétons, aux plans de la couleur, de l’éclairage, du mobilier urbain et de l’intégration des divers arts plastiques.
La réussite d’une telle entreprise, dont la réalisation est prévue en dix ans pour l’ensemble de la ville neuve, n’est pas encore acquise, même si les différents professionnels qui interviendront dans ce travail manifestaient tout le talent nécessaire, il resterait à obtenir : - que les impératifs économiques liés à la construction des logements n’encombrent pas d’une forêt de voiles et de poteaux le niveau de la rue intérieure; - que les prix de matériaux faciles à assembler et à démonter tels que le métal permettent la réalisation des structures des équipements telle que prévue ; - que les maîtres d’ouvrage et les architectes de ces équipements comprennent bien et acceptent la règle du jeu qui leur est proposée; - que l’autorité (de la ville, de la Société d’économie mixte et des architectes en chef) puisse être maintenue jusqu’au «point de non-retour»; - que les différents ministères : éducation nationale, affaires sociales, affaires culturelles, jeunesse et sports, qui acceptent une expérience d’équipements intégrés, complémentaires les uns des autres, financés globalement (pour les écoles ouvertes aux élèves et aux gens du quartier, pédagogie nouvelle) manifestent une continuité de recherche, programmation et financement.
Il est intéressant de noter toutes ces difficultés, non pour sombrer dans le pessimisme mais pour bien affirmer qu’une ville nouvelle ou un quartier nouveau ont pour créateurs des hommes politiques, des juristes, des journalistes, des usagers, l’opinion publique, des promoteurs et des financiers, et qu’il dépendra d’eux autant sinon plus que des architectes que cette ville soit un échec ou une réussite.