«La guerre et la paix» Projet pour l’Exposition universelle d’Osaka, Japon | Pierre Bataillard

L’idée de base de ce pavillon est due au révérend père Dominique Pire, Prix Nobel de la paix en 1956, qui ne pouvait concevoir le thème général de l’Exposition d’Osaka, «le développement dans l’harmonie», sans l’évocation des problèmes cruciaux de la guerre et de la paix. Placé sous le patronage de 22 Prix Nobel de 13 pays différents, ce projet de pavillon fut présenté en avril 1968 aux autorités japonaises, où il reçut un brillant accueil. Malheureusement, les problèmes financiers, fort épineux, n’étaient pas encore résolus lorsqu’en janvier 1969 le R. P. Pire nous quittait subitement à la suite d’une opération, et le projet, privé de son plus solide soutien, dut bientôt être abandonné.

Notre plus cher désir eût été de réaliser ce pavillon en mémoire de cet homme extraordinaire, dynamique et puissant qui fut, tout au long de la préparation des projets, l’interlocuteur idéal et avisé.

Principe d’implantantion architectural

Implanté dans un terrain d’une surface de 6000 mètres carrés, le projet comprend deux pavillons différents. La partie architecturale du premier élément, volontairement heurté, doit évoquer les problèmes posés par l’injustice, la haine, le racisme, la guerre, etc., soit un aspect d’hostilité, bien fait pour frapper le visiteur.

La couleur en est noire. Les pyramides utilisées pour la construction sont comme autant d’écailles et de piquants d’un dragon tapi sur le terrain. Côté entrée, une série d’aiguilles métalliques accentue cet aspect tranchant évoquant la guerre, le combat. Cette notion d’hostilité est renforcée par le fait que cette construction noire est implantée sur un terrain désertique, fait de cailloux, de sable, de pierres volcaniques où ne poussent que quelques ronces. L’impression générale qui se dégage de ce pavillon doit être l’hostilité.

En revanche, la construction opposée se reflète comme un diamant dans le bassin tranquille. La couleur est blanche.

La structure générale est tranquille. Le bassin est habité d’oiseaux aquatiques et le terrain du pourtour est verdoyant, planté d’arbres, aménagé comme un beau jardin paisible.

C’est là que sera exposé le problème de la Paix. L’impression générale qui se dégage du pavillon doit être l’harmonie.

Parties thématiques de l’exposition

Dans le premier pavillon, les thèmes suivants sont développés, composés de spectacles audio-visuels utilisant au maximum les formes triangulaires de la construction, y compris les formes creusées dans le sol :

a) l’injustice traitée d’une manière générale;

b) le racisme sous toutes ses formes;

c) l’univers concentrationnaire, l’esclavage et le fait de disposer de la vie d’autrui;

d) un élément de transition illustrera l’accumulation des haines, l’esprit de vengeance, les armes, etc.

e) qui mènent infailliblement à la guerre, point culminant de cette démonstration;

f) un nouveau point de transition permettra au visiteur un retour sur lui-même, avant de pénétrer dans le pavillon N° 2.

Chaque spectacle, d’une durée de trois à quatre minutes, utilise tous les systèmes de projection au plafond et au sol. La sonorisation prend une importance considérable. Le spectateur est obligé de participer à chacune de ces évocations. Par exemple, dans la partie traitant du phénomène de la ségrégation raciale, le cheminement du public est fractionné en d’innombrables couloirs isolant chaque visiteur par rapport à son voisin.

Le but recherché étant de rendre perceptible à chacun les problèmes aigus du déséquilibre du monde, il est nécessaire de rechercher des solutions marquantes.

Prenons, par exemple, la section précédant l’évocation de la guerre, où le public marche sur une surface de verre complètement transparente, au-dessous de laquelle apparaissent, montant d’une fosse très profonde, les amoncellements de casques, de bombes, de munitions de toutes espèces, illustrant d’une manière pratique les dangers du surarmement.

Après l’évocation de la guerre et de ses conséquences, le silence subit et une zone de transition permettront au visiteur un rapide retour sur lui-même avant de passer dans le pavillon N° 2, de construction dodécagonale où, sur 16 écrans, 8 pour la photographie et 8 pour le dessin d’animation, seront traités, en parallèle, les thèmes généraux et les solutions possibles, dans un spectacle de 8 minutes.

Enfin, dans ce pavillon, nous trouvons encore un centre général d’informations, une salle de conférences et des locaux de service.