Australia Square - Sydney, Australia | Harry Seidler & Associates, Luigi Nervi

Le centre de Sydney, ville métropolitaine à la population de plus de 2 millions et demi d’habitants, souffre des mêmes maux que les autres villes du monde occidental. Le plan des rues datant du début du XIX0 siècle est la base de nouveaux développements rapides se poursuivant sur de véritables divisions de biens. C’est le cas pour tous les nouveaux bâtiments de 10 et 20 étages, suivant les limites hasardeuses des lotissements de terrain. Le fait que des bâtiments à plusieurs étages soient réalisés sur des emplacements autrefois occupés par de petits édifices, longeant des rues étroites réservées en leur temps à la circulation des carrosses, produit des embouteillages chaotiques causés à la fois par la circulation pédestre sur des allées environnantes inadéquates et par les nouveaux bâtiments auxquels on a enlevé la lumière et l’air qui leur étaient dus. Les bâtiments ont souvent des murs latéraux aveugles, avec seulement une façade vitrée donnant sur la rue, parfois une autre donnant sur une cour intérieure. Souvent, de nouveaux immeubles, face à face, séparés par une rue étroite, créent des canons oppressants et sombres entre eux.

L'Australia Square Project est destiné à remédier à cette situation et à apporter une nouvelle ouverture au cœur surpeuplé du centre de la ville. La solution qu’il propose aborde le problème de reconstruire d’une façon globale plutôt que fragmentaire en utilisant une surface assez vaste pour donner un résultat dynamique.

La majeure partie des nouveaux développement à Sydney, comme dans la plupart des autres régions métropolitaines, est déterminée par l’étendue des lotissements.

Un facteur de multiplication est appliqué au site, et cela donne le maximum d’espace habitable autorisé. A réception du permis de construire pour l’Australia Square, un facteur de 12 était courant.

Dans la plupart des petits emplacements, cela eut pour résultat un immeuble de 12 étages couvrant toute sa surface.

L'Australia Square Project créa un bloc entier, relié à ses quatre côtés par les rues Georges-Bond et Pitt et la Curtin Place, une surface de 60000 pieds carrés ou à peu près une acre et demie. Pendant quelques années, les propriétaires purent amalgamer plus de trente différentes propriétés pour créer ce vaste emplacement au centre même du quartier d’affaires et adjacent à Wynyard Station, le point focal des trains électriques des faubourgs de Sydney. Le Sydney City Council, cependant, fut d’accord de fermer les étroites rues internes et d’empêcher leur absorption dans le terrain. En échange, les propriétaires donnèrent une bande de leur terrain à la ville (égal en surface aux rues fermées). Cela permit l’élargissement de Bond Street de 30 à 50 pieds. Dès le début, on rejeta le principe de bâtiments peu élevés, couvrant une grande partie du terrain, et seulement deux constructions sur une surface minimale furent projetées. La première, un immeuble rectangulaire de 13 étages et de 150 pieds de haut, donnant sur Pitt Street, fut réalisée avant l’amalgamation du terrain. La deuxième, une tour de 50 étages, 600 pieds de haut, couvrant seulement 25% de l’emplacement, équilibrait la surface autorisée. On en arriva à la forme circulaire pour la tour, par élimination. Tout bâtiment rectangulaire d’une telle hauteur et d’une telle étendue placé à cet endroit aurait inévitablement créé des espaces choquants comme des canons reliés avec les immeubles adjacents qui continuent la rue sur un plan rectangulaire. Cela aurait eu pour résultat une faible luminosité et un aspect entassé. En plaçant un bâtiment carré ou rectangulaire sur la diagonale, on aurait un espace beaucoup plus ouvert devant les façades.

Ces considérations aboutissent logiquement à une forme circulaire, ou, comme ici, polygonale, ou un immeuble à facettes, qui crée de plus grandes relations d’espaces avec les propriétés avoisinantes, et donne le maximum de lumière dans les rues environnantes. De vastes et larges espaces existent à l’extérieur des fenêtres d’un tel bâtiment qui bouche la construction avoisinante à un seul point tangentiel. Mis à part le fait qu’un cercle est une forme idéale structurellement pour un grand bâtiment parce qu’il résiste aux forces du vent, les règlements de la construction contribuent à ce qu’on en arrive à la forme circulaire. C’était le seul plan permettant un développement complet de la fonction autorisée et de la surface de 720000 pieds carrés pour le projet (la surface totale est de 953000 pieds carrés). Les saillies exigées depuis les bornes jusqu’à la façade d’un bâtiment rectangulaire sont mesurées au point moyen d’une façade d’un immeuble. La surface maximale du plan de la tour rectangulaire est de 120 pieds sur 100 pieds (12000 pieds carrés), permis par le règlement. Elle fut également étendue à un diamètre de 134’7 pieds avec 14225 pieds carrés de surface; cela coïncidait avec la limite de 25 % de la surface du terrain.

Les deux immeubles avaient des terrains ouverts avec des arcades entourant l’entrée des vestibules. Par conséquent, tout l’emplacement devient en fait un espace public interrompu seulement par des entrées et des escaliers menant aux bâtiments. Cette nouvelle ouverture gagnée dans la partie la plus grouillante d’activités de la ville est développée comme une région de plazas ouverte sur le ciel à deux niveaux à cause du dénivellement du terrain. De tous les côtés, il y a libre accès à la plaza par une circulation pédestre facile. Le projet de la plaza tend à créer des espaces effectifs de loisirs. Au moyen de murs de clôture arrondis flanquant des assises et des bancs établis, les espaces sont définis pour les restaurants à l’extérieur et pour créer une atmosphère d’intimité et de clôture. Les rues environnantes sont visiblement séparées de cet espace extérieur et sont isolées par les plazas, étant surélevées par rapport aux trottoirs. Elles procurent un espace pour flâner et se délasser. A en juger par la foule qui y est attirée à l’heure du déjeuner depuis longtemps, il est nécessaire de créer une retraite intime. Une fontaine constitue le point focal de cet espace ouvert. L’espace extérieur s’ouvre sur la galerie de magasins comprenant toute une rangée de différentes boutiques.

Le dessin des façades des magasins a été uniformisé en reliant leurs encadrements extérieurs et surtout en utilisant des inscriptions lumineuses standardisées.

Sous la plaza inférieure et la galerie des magasins, il y a un parking de trois étages pour plus de 400 voitures. A l’étage supérieur, le plafond est assez élevé pour permettre aux véhicules de service d’entrer pour les livraisons aux différents magasins et bâtiments. La ventilation de ces étages souterrains est assurée par deux tuyaux circulaires (d’appel et d’échappement) s’étendant au-dessus de la plaza supérieure. Une large rampe conduit au parking et aux places de livraison depuis Bond Street.

D’un côté de l’entrée principale se trouve le stabile de 38 pieds de haut d’Alexandre Calder intitulé Crossed Blades. Une œuvre dynamique et agressive pour combattre la confusion et la bousculade de George Street. Sur le mur central, il y a deux grandes tapisseries d’Aubusson. En face de George Street se tient l’Unesco de Le Corbusier et, du côté est, est exposé l’Orion M. C. de Vasarely. Les deux sont des œuvres aux couleurs très vives. Le plafond du corridor est formé par le système de nervures du plancher employé pour les deux premiers étages de la tour. Ceux-ci ont été dessinés par PierLuigi Nervi, qui a été le conseiller pour la construction du bâtiment.

On utilisa des nervures centrées emboîtées pour répondre aux exigences de capacité de supporter de grands poids pour les deux étages supérieurs.

Le principe fer-ciment de Nervi fut utilisé dans la construction des sols garnis de nervures. Nervi a également dessiné les colonnes externes. Leurs formes en fuseau, comme les chargements qu’elles portent, diminuent vers le sommet de l’immeuble.

Le dernier étage (48e) du bâtiment comprend une terrasse publique à deux niveaux. Le niveau supérieur est fermé pour que les visiteurs puissent jouir de la vue panoramique de Sydney. Au-dessous se trouve un restaurant pivotant.

Le service d’ascenseurs est à trois rangs.

Des groupes inférieur, moyen et supérieur de cinq ascenseurs, chacun desservant à peu près le tiers de la hauteur du bâtiment. Tous les ascenseurs fonctionnent depuis le corridor principal à George Street; deux ascenseurs express desservent les deux étages supérieurs, descendant à l’étage des galeries des magasins à l’usage des touristes. Aux heures de pointe, ces deux ascenseurs peuvent être couplés aux rangs moyen et supérieur pour des services supplémentaires. Un ascenseur spécial va du parking au corridor principal. Les deux étages supérieurs comprennent les installations mécaniques cachées à l’extérieur par des panneaux muraux.

Les étages intermédiaires (14e et 30e) ont des murs en abat-vent, pour l’appel et l’échappement de l’air en retrait par rapport à la façade de l’immeuble.