Station de communications par satellite à Buitrago, Espagne | Julio Cano Lasso, Juan A. Ridruejo
Edifice réalisé pour le compte de la Compagnie des téléphones. Outre la station proprement dite, avec ses services et ses annexes, le programme prévoyait un centre d’étude des télécommunications, ainsi qu’une unité de résidence qui finit par devenir un groupe de 30 habitations.
Les architectes se trouvèrent placés devant le problème consistant à donner forme et expression à un bâtiment destiné à abriter une fonction technologique très avancée, avec un programme très varié. Il fallait obtenir une architecture dans l’esprit de notre temps, en employant des techniques de construction et des moyens d’expression limités par la réalité technologique. Nous nous sommes débattus entre la rigueur et la pureté des principes rationalistes, et l’inspiration romantique et émotionnelle. On sait que c’est cette dernière qui prévaut aujourd’hui.
Le programme offrait de vastes possibilités. En effet, il nous permettait de manier des volumes variés de grande expressivité.
Ces éléments furent particulièrement mis en valeur par le système de construction adopté, basé sur l’utilisation massive de la brique. A relever que le choix de ce système était dû à des raisons pratiques: économie et délai imposé (dix mois).
Les services, annexes et installations techniques ne doivent pas monopoliser l’attention du constructeur, étant donné que la plupart du temps ils ne peuvent donner caractère et expression à l’architecture. Il faut en général les reléguer à leur véritable fonction, qui est de servir, donc subordonnée. Il nous a paru intéressant de trouver le joint entre le but technologique de la station, qui évolue à la frontière de la science-fiction, et un élément aussi ancien que l’homme, soit la construction en briques. La nécessité de prévoir des habitations et un centre d’études - destiné au travail en groupes, dans un climat de sérénité - nous a suggéré l’analogie ambiante avec un monastère. La tour (nécessaire à l’antenne secondaire), l’édifice puissant et compact avec ses terre-pleins et ses murs de soutènement nous ont amenés au jeu de volumes forts et expressifs, évocateurs de l’architecture militaire médiévale.
Nous vivons une époque où l’architecture s’éloigne de plus en plus de la rigueur et de la pureté rationalistes. Au fur et à mesure qu’elle se libère et enrichit ses moyens d’expression et son répertoire formel, elle s’approche du terrain glissant du cultisme, de l’inspiration romantique ou de la pure et simple frivolité. Les formes et les volumes ne sont en aucun cas capricieux ou gratuits, et ce n’est pas un propos d’«investigation» formelle qui nous a menés à eux.
Les cylindres recourbés et aveugles qu’on voit à l’extérieur correspondent aux cages d’escaliers. Les surfaces de briques dans les murs de soutènement correspondent à de réels contreforts. L’unité du matériau employé est presque obsessionnelle, la brique a été utilisée au maximum.
Partant des deux éléments dominant du programme, qui sont aussi les plus expressifs, soit le grand volume courbe de la salle de contrôle et le parallélipipède de la tour, nous avons créé un jeu de prismes et de cylindres. Y alternent les grandes surfaces aveugles et vitrées. La richesse des volumes s’équilibre et s’unifie avec une grande simplicité de formes et une austérité franciscaine en ce qui concerne l’emploi des matériaux.
photos Portillo